L’incidence de la Réserve fédérale sur votre portefeuille
La Réserve fédérale va-t-elle maintenir, réduire ou augmenter les taux?
Pro-Investisseurs CIBC
28 avr. 2026
Lecture de 5 minutes
Les investisseurs se demandent maintenant à quoi s’attendre de la Réserve fédérale américaine, car il est possible que Kevin Warsh remplace Jerome Powell à la présidence. Pourtant, malgré les premiers appels à des réductions énergiques des taux sous la direction d’un nouveau président de la Réserve fédérale, le marché ne s’attend pas à beaucoup de changement.
Dans cet article, nous examinons les raisons pour lesquelles le marché s’attend à ce que les taux soient maintenus; ce qui pourrait pousser la Réserve fédérale américaine à passer d’un maintien à un changement audacieux y compris les scénarios où elle pourrait être forcée de réduire ou de hausser les taux, et les raisons pour lesquelles les investisseurs ne devraient probablement pas miser sur une décision particulière de la Réserve fédérale américaine.
À l’heure actuelle, la Réserve fédérale semble limitée par son double mandat, qui consiste à maintenir la stabilité des prix tout en soutenant un emploi maximal :
- L’inflation était de 2,4 % en février 2026, légèrement supérieure au taux cible de 2 %. Cette donnée est inférieure au niveau de 3 %, où les arguments en faveur d’une hausse des taux deviendraient plus solides pour atténuer le risque d’une hausse de l’inflation1.
- Le taux de chômage était de 4,4 % en février 2026, ce qui est bien supérieur aux creux entre 2024 et 2025. Cette donnée est inférieure au niveau de 5 %, où les arguments en faveur d’une réduction des taux deviendraient plus solides pour gérer le risque de récession découlant d’un affaiblissement du marché du travail.
En effet, la Réserve fédérale n’a pas vraiment besoin de hausser les taux pour répondre à l’inflation ou de les réduire pour le marché du travail. Compte tenu de ce manque d’urgence, les marchés financiers prédisent actuellement que les taux d’intérêt demeureront inchangés jusqu’à l’automne 20272. Il s’agit d’un changement rapide des attentes par rapport aux appels lancés à la fin de 2025 en faveur de réductions énergiques des taux en 2026.
D’un maintien à un changement audacieux?
Bien que les perspectives économiques nationales aux États-Unis puissent suggérer une pause de la politique, un conflit prolongé avec l’Iran pourrait entraîner un choc d’assouplissement ou de hausse pour la Réserve fédérale :
- Choc d’assouplissement : Si la guerre se poursuit tout au long de 2026, le gouvernement pourrait devoir emprunter plus d’argent rapidement. La Réserve fédérale achèterait ainsi probablement des obligations d’État, comme elle l’a fait entre 2008 et 2009 et en 2020. Une expansion rapide du bilan de la Réserve fédérale se traduirait probablement par des taux à court terme beaucoup plus bas pour financer la dette supplémentaire.
- Choc de hausse : Si l’aspect militaire du conflit s’atténue, mais que le détroit d’Ormuz demeure bloqué, le prix du pétrole pourrait dépasser 100 $ le baril. Si les prix du pétrole demeurent au-dessus de ce niveau pendant un certain temps, la Réserve fédérale devra probablement relever les taux pour contenir le risque d’inflation.
Le choc de la hausse de taux montre les limites de ce que la politique de la Réserve fédérale peut accomplir en réponse à des événements géopolitiques. Comparons une hausse attribuable au pétrole en 2026 à une hausse attribuable à la pandémie en 2021. Après la première année de la pandémie, l’inflation a commencé à augmenter parce que les marchandises n’étaient pas expédiées assez rapidement pour répondre à la demande. La hausse des taux par la Réserve fédérale en 2021 n’allait pas permettre le transport d’une plus grande quantité de marchandises de la Chine par le port de Los Angeles. De même, la Réserve fédérale n’augmenterait pas ses taux en 2026 pour qu’une plus grande quantité de pétrole transite par le détroit d’Ormuz. La politique de la Réserve fédérale est plus susceptible d’être efficace lorsqu’elle réagit à l’économie nationale plutôt qu’aux événements géopolitiques.
Ne misez pas sur la Réserve fédérale
Dans un marché haussier de longue durée, soit de 2009 à aujourd’hui, les investisseurs dans les actions américaines se sont habitués à ce que la Réserve fédérale maintienne les taux bas et intervienne pour couper court à toute récession. Cette position conciliante a été particulièrement favorable pour les sociétés technologiques, qui ont été en mesure d’emprunter à faibles coûts pour financer des dépenses en immobilisations. Mais aujourd’hui, l’incertitude entourant la politique de la Réserve fédérale est beaucoup plus étendue qu’à tout autre moment au cours de la dernière décennie. Une pause, une réduction ou une hausse de taux sont toutes potentiellement envisageables, même si la pause constitue le scénario de base par rapport aux attentes actuelles du marché.
Dans ce contexte, les investisseurs pourraient vouloir vérifier que leurs portefeuilles ne sont pas trop biaisés en faveur d’une décision particulière de la Réserve fédérale. Bien que les actions technologiques américaines à mégacapitalisation aient prospéré dans un contexte de faiblesse des taux et de stabilité géopolitique, l’évolution de cette situation macroéconomique pourrait favoriser d’autres occasions, y compris les actions du secteur de la défense, les actions du secteur de l’énergie et les pays plus indépendants en matière d’énergie. Dans le contexte d’une pause ambiguë et prolongée de la politique de la Réserve fédérale, on pourrait plaider en faveur des actions de grande qualité qui versent des dividendes, y compris celles qui sont moins volatiles que le marché dans son ensemble. Le risque d’un choc de hausse, bien qu’il soit faible, peut inciter les investisseurs à réfléchir à une exposition aux obligations à long terme3.
Principaux points à retenir
- La Réserve fédérale semble limitée par son double mandat, sans forte tendance en faveur d’une hausse des taux pour répondre à l’inflation ou d’une réduction des taux pour le marché du travail. Par conséquent, les marchés financiers ne s’attendent actuellement à aucun changement des taux d’intérêt américains avant l’automne 2027.
- Bien que les perspectives économiques nationales aux États-Unis puissent suggérer une pause prolongée des taux d’intérêt, le conflit avec l’Iran pourrait forcer la Réserve fédérale américaine à assouplir sa politique pour financer la guerre ou, au contraire, à augmenter ses taux pour contenir les répercussions de la hausse des prix du pétrole.
- Les investisseurs ne devraient probablement pas s’attendre à une orientation politique particulière de la part de la Réserve fédérale, y compris la politique de taux d’intérêt historiquement bas qui a soutenu les actions technologiques américaines au cours de la dernière décennie.
1 La Réserve fédérale vise un taux d’inflation à long terme de 2 %, fondé sur les dépenses personnelles de consommation (DPC), plutôt que sur l’indice des prix à la consommation (IPC). La Réserve fédérale n’a pas de cibles explicites pour la fourchette d’inflation inférieure ou supérieure, même si les analystes considèrent généralement qu’un taux de 1 % est faible et qu’un taux de 3 % est élevé.
2 Outil FedWatch de CME, taux d’intérêt implicites des contrats à terme sur le taux des fonds fédérauxEn anglais seulement. Une nouvelle fenêtre s’affichera. (en anglais seulement)
Sélectionnez « Probabilities » pour voir à quel moment le marché s’attend à ce que les taux d’intérêt changent par rapport aux niveaux actuels. Ces taux d’intérêt implicites sont dynamiques et peuvent évoluer rapidement pour tenir compte des attentes du marché.
3 En 2022, lors du dernier choc de hausse, le marché obligataire américain a reculé de 13 %, tandis que les obligations du Trésor américain à long terme ont reculé de 30 %. Le marché obligataire américain est représenté par le iShares Core U.S. Aggregate Bond ETF (AGG); les obligations du Trésor américain à long terme sont représentées par le iShares 20+ Year Treasury Bond ETF (TLT).